L’agriculture biodynamique : une synthèse scientifique

Le développement important de la biodynamie en France (+20 % par an, source : www.demeter.fr/demeter-vent-poupe) suscite un intérêt croissant pour cette méthode de production agricole de la part des agriculteurs, des jardiniers, ainsi que des médias et du monde de la recherche.

La question qui revient souvent est la suivante : la biodynamie est-elle scientifique ? Ses effets ont-ils été prouvés au-delà des dires des praticiens ? Ou bien tout cela n’est-il que fumisterie ?

Nous pouvons parfois lire qu’il n’existe aucunes preuves scientifiques des effets de la biodynamie, et que les biodynamistes refusent la méthode expérimentale. De même, l’origine anthroposophique de la biodynamie, en lien avec son fondateur Rudolf Steiner, est souvent grossièrement caricaturée. Un certain recul semble nécessaire pour appréhende une pensée qui souhaite dépasser le matérialisme, et comprendre le monde dans une perspective plus complexe, comme le fait par exemple Jean Foyer (CNRS) dans son dernier article « syncrétisme des savoirs dans la viticulture biodynamique. Incorporation dans l’expérience et le sensible et trajectoire initiatique », Revue d’anthropologie des connaissances 2018/2 Vol. 12, N°2.

S’il est clair que les fondements de la biodynamie sont basés sur une démarche de connaissance ésotérique (voir le Cours aux Agriculteurs de R. Steiner), c’est-à-dire qu’ils ne proviennent pas d’une démarche expérimentale mais intuitive¹ – et cette démarche est assumée et amplement justifiée par R. Steiner – les méthodes qui en découlent peuvent tout à fait faire l’objet d’études selon la méthode scientifique, et aboutir à des publications reconnues par la communauté. L’expérimentation, la vérification et l’amélioration des pratiques ont toujours fait partie des préoccupations du mouvement biodynamique au sens large.

Nous sommes conscients qu’il manque d’études disponibles en langue française, et que la communauté scientifique francophone a peu traité le sujet jusqu’à présent. Afin de combler cette lacune, le Mouvement de l’Agriculture Biodynamique (MABD) et l’association Les Amis de la Biodynamie mettent à disposition du lecteur la traduction d’une synthèse scientifique sur l’agriculture biodynamique. Cette synthèse actualisée est la plus complète et la plus sérieuse disponible à ce jour à notre connaissance.

Cet article est basé sur la recherche des mots-clés “biodynamic/biologisch-dynamisch” et s’appuie sur les publications scientifiques expertisées (peer review) à partir de 2006. Y sont également compris des thèses et des contributions lors des congrès scientifiques sur l’agriculture biologique depuis 2007 ainsi que des publications dans des médias spécialisés pour praticiens ainsi que des publications issues de la base de donnée Organic ePrint.org.

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¹ A propos de l‘ésotérisme il est intéressant de lire ce qu’écrit l’un des principaux spécialistes de l’ésotérisme, Hanegraff W.J. (Esotericism and the Academy: Rejected Knowledge in Western Culture, Cambridge University Press 2012), enseignant à l’université d’Amsterdam. Il explique que ce que nous qualifions d’ésotérisme a été combattu, disqualifié et systématiquement exclu tout au long de l’histoire de la culture occidentale. Ainsi s’est forgée notre connaissance « unilatérale » et réductionniste de la réalité. Il affirme que l’ésotérisme n’est pas la contrepartie obscure de la rationalité mais bien la part repoussée, exclue de la réalité par notre culture occidentale. Cette dernière doit la réintégrer afin de compenser les déséquilibres qui menacent son avenir. La recherche universitaire sur l’ésotérisme a un rôle important à jouer.